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Brown DeNeen WP Article

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/08/02/AR2010080205217.html

« Excavation of sites such as Timbuctoo, N.J., is helping to rewrite African American history »
By DeNeen Brown
Washington Post Staff Writer
Tuesday, August 3, 2010; A01

Timbuctoo, New Jersey – A Tombouctou se trouve une colline.  Sous cette colline se trouve une maison, ou ce que les archéologues pensent était une maison autrefois.  Les attaches argentées d’un sac à main, des tas de pots de conserve en verre, des morceaux d’assiettes et un pot vide de pommade dite ‘Dixie Peach’ sont éparpillés parmi les briques cassées, restes des fondements de la maison.

Ce sont des fragments écrasés d’une vie passée lorsque les Noirs libres vivaient dans cette communauté du New Jersey il y a de ça presque 200 ans – libres même à l’époque, 45 ans avant l’Emancipation. « La majeure partie de l’histoire de ce pays se trouve dans cette maison, » explique David Orr, archéologue et professeur d’anthropologie à l’Université de Temple.  Orr se tient debout sur le site en contrebas d’une route grise à Tombouctou.  Un vent chaud souffle.

Pour Orr, la communauté enfouie a le potentiel d’être une découverte majeure dans l’histoire Afro-Américaine. « Tombouctou est importante dans un contexte plus large parce qu’elle a duré, jusque dans le 20ième siècle » Dit-il « Il y a une très grande communauté de descendants, dans d’un point de vue ethnographique c’est très important. » 

Tombouctou fut fondée par des Noirs libérés et des esclaves fugitifs dans les années 1820.  Elle a été probablement nommée d’après Tombouctou, la ville du Mali sur le fleuve Niger, bien que les chercheurs essaient toujours de savoir pourquoi et comment elle a reçu ce nom.  Le quartier existe toujours dans la ville de Westampton, New Jersey, à environ 45 minutes de voiture de Philadelphie au Nord Est, une enclave de plusieurs hectares, si petite et reculée que lorsque quelqu’un s’en enquière au magasin à quelques kilomètres de distance, le gérant vous répondra qu’il n’a aucune idée d’où elle se trouve.

Tombouctou a toujours un endroit secret.  Forcément, elle faisait partie de l’ ‘Underground Railroad » - le chemin de fer clandestin.  Il y a des nouvelles maisons aujourd’hui où les descendants des fondateurs de la ville continuent d’habiter. Mais une grande partie de l’histoire matérielle de Tombouctou est maintenant enfouie sous terre.  Basé sur une enquête géophysique, les archéologues pensent que les fondations de tout un village de peut-être 18 maisons et une église datant des années 1820 se trouvent enterrées sous des couches de poussière.

En juin, ces mêmes archéologues de l’Université de Temple à Philadelphie ont commencé à découvrir les secrets de Tombouctou, fouillant la colline adjacente au cimetière de la Guerre Civile ou les soldats Afro-Américains sont enterrés.  Les découvertes sont des objets de la vie quotidienne ordinaires et fragiles – des bocaux de médicaments et de produits de beauté, morceaux de chaussures, des assiettes – mais pour les gens qui les découvrent, ils ont une grande valeur.

‘L’histoire des opprimés’

Les fouilles archéologiques des communautés Afro-Américaines telles que Tombouctou sont en pleines expansion à travers le pays, propulsées par le nombre croissant de chercheurs et de politiciens noirs de grande envergure et la prolifération de musées dédiés à l’histoire Afro-Américaine, nourrissant un appétit parmi les curateurs pour ces objets.  (Les archéologues connaissent l’existence de la colline à Tombouctou depuis des années, mais il a fallu attendre l’élection d’un maire noir à Westampton récemment, Sidney Camp, pour qu’une enquête géophysique soit menée permettant aux fouilles de commencer)

« Ces fouilles sont très importantes » explique Rex Ellis, directeur associé au Musée National d’Histoire et Cultures Afro-Américaines du Smithsonian, dont l’ouverture est prévue au Mall (à Washington DC) en 2015. « La tradition a été de ne pas faire attention à ces choses-là par le passé.  Il n’y avait pas d’archéologues qui cherchaient ce genre de trésors.  Pour nous, cette activité va contribuer de manière importante à notre connaissance des Afro-Américains en tant que bâtisseurs et contributeurs  à cette nation. »

Les archéologues qui participent à ces fouilles disent qu’ils aident à réécrire une histoire incomplète en y ajoutant des preuves de la résistance, pas seulement de l’oppression physique, preuve de l’intégration, pas seulement de la ségrégation.  Ils découvrent, disent-ils, des preuves non seulement des vies subies dans l’esclavage, mais aussi de communautés entières d’esclaves échappés qui vivaient cachés, dans des petites communautés auto-suffisantes. 

« Les registres historiques sont biaisés et écrits d’un certain point de vue.  Les populations sur lesquelles nous travaillons n’avaient pas de contrôle de ces narratifs par le passé. » explique Paul Shackel, professeur d’anthropologie à l’Université du Maryland. « Les gens qui les documentaient par écrit, le faisaient depuis leur propre perspective.  Si vous lisez dans les journaux intimes ce que les gens pensaient des Afro-Américains, c’est atroce, c’est raciste … nous… aidons à offrir l’histoire des opprimés et la rendre publique. »

En plus de poursuivre leurs propres questionnements, une partie des archéologues demandent aux descendants et leurs communautés ce qu’ils veulent savoir.  Cette pratique est devenue obligatoire avec la loi sur les ‘Native American Graves and Repatriation’ de 1990, qui a encouragé la consultation avec les descendants, Schackel explique.  Un étudiant de Temple qui travaille avec Orr interviewe les descendants de Tombouctou pour orienter les fouilles.

Christopher Fennell, professeur associé d’anthropologie à l’Université de l’Illinois, explique que les communautés connectées aux anciennes villes Noires disent : « Ne nous parlez pas de la brutalité du passé. Parlez-nous de la façon dont les Afro-Américains ont vaincu le racisme. »  Il y a de plus en plus d’intérêt pour les Afro-Américains libres comme à Tombouctou. « Les chercheurs se concentrent, par exemple, sur la façon dont les Noirs ont participé au Chemin de Fer Clandestin. « L’histoire cachée, » ajoute Fennell, « est que cela était vraiment organisé par des Afro-Américains libres et esclaves qui aidaient les esclaves à fuir. »

Un des moments clés est survenu au début des années 90 lorsque les archéologues commencèrent à travailler sur ce qui est devenu le Cimetière Africain de New York.  En creusant pour la construction d’un nouveau bâtiment de bureaux pour l’état fédéral, les travailleurs ont découvert les restes de 419 hommes, femmes et enfants enterrés depuis les 17ième et 18iéme siècles dans une sépulture s’étendant sur près de 6 hectares à Manhattan.  Le cimetière avait été recouvert depuis des années par des bâtiments et une décharge. 

Les chercheurs découvrirent que le cimetière comprenait des esclaves ainsi que des Noirs libres.  Des études scientifiques des ossements trouvés sur le site montrent clairement les atrocités physiques de l’esclavage – des dents malformées à cause de la malnutrition, anémie, taux de mortalité infantile élevé et des traumatismes d’impact.  Les études ont montré des ‘croissances anormales des tissus osseux liés au stress, » dit Fennell. « Les analystes ont identifié cette maladie comme étant de résultat d’individus forcés à porter et transporter des charges très lourdes. »

Mais ils ont aussi trouvé d’autres détails : une ceinture de perles bleues autour de la taille d’un homme enterré dans un cercueil garni de métal correspondant aux coutumes du Ghana.  Ces découvertes suggèrent que la connexion avec l’Afrique n’avait pas entièrement disparue comme le laissent entendre certains livres d’histoire.

A Hermitage au Tennessee, le fief du président Andrew Jackson, les archéologues sont en train de fouiller les quartiers où habitaient les esclaves pour comprendre comment la population esclave a survécu l’oppression.  Au Nouveau Mexique, les archéologues ont mis à jour une ville appellée Blackdom, fondée en 1901, par Frank Boyer, un homme noir qui aurait marché plusieurs milliers de miles depuis la Géorgie jusqu’au Nouveau Mexique pour établir une ville pour les Noirs.

« Il voulait créer un endroit où il pouvait être libre et a invité d’autres familles à le rejoindre, » explique Juanita Moore, président du Musée Charles H. Wright d’Histoire Afro-Américaine à Detroit, le plus grand musée dédié à l’histoire Afro-Américaine du pays.  « La ville a existé durant environ 8 ans jusqu’à ce que la source d’eau disparût.  Leur source d’eau disparut, ils se sont dispersés et sont partis vers d’autres villes.  Maintenant il y a des fondations de certaines des maisons. »

Certains sites offrent des preuves du sens des affaires des Noirs libérés.  En Illinois, les archéologues sont en train de mettre à jour la Nouvelle Philadelphie, une des plus anciennes villes fondées par un Noir.  En 1836, Frank McWorter, né esclave, a acheté la liberté de sa femme pour $800 avec de l’argent gagné en travaillant dans une mine.  Il a ensuite acheté sa propre liberté pour $800 et a acheté 42 hectares de terrain dans le Pike Country, dans l’Illinois.  McWorter partagea le terrain, vendant des parcelles et utilisa les profits pour acheter la liberté de 16 autres membres de sa famille.

La Nouvelle Philadelphie, qui avait une école, disparut après 1869 quand elle se retrouva exclue du tracé d’une nouvelle voie de chemin de fer, un acte que certains attribut au racisme.  En 2004, Shackel et des étudiants en archéologie commencèrent des fouilles pour explorer les questions de race et de classes à la Nouvelle Philadelphie, récemment listée au Registre National des Lieux Historiques. 

Même les objets les plus ordinaires, comme les bocaux du début du 20ième siècle contenant des pommades découverts aujourd’hui à Tombouctou sont importants pour les archéologues.  Ils contiennent beaucoup d’information ‘sur la façon dont les gens vivaient » nous dit Moore. « Ce n’est pas de l’or ou de l’argent, mais ces objets montrent l’importance des vies de gens ordinaires.  Ils racontent la vie de la majorité des gens et non d’une minorité. »

Les vies des Noirs libres

Tombouctou fut fondée durant les années 1820 lorsque les Quakers abolitionnistes vendirent des terres aux Noirs.  En 1860, d’après le registre, Tombouctou comptait 150 résidents et 37 demeures.  La fouille ‘documente un aspect de l’histoire Américaine peu apprécié et mal représenté car il s’agit des vies de Noirs libres alors que le narratif dominant est que nous n’existions pas’ explique Guy Weston, un descendant des fondateurs de Tombouctou.  « Il y avait des Noirs qui n’avaient pas été esclaves depuis une génération, comme ma grand-mère ».

La communauté fleurit jusqu’à environ 1930 quand les gens commencèrent à partir en quête de travail pendant la Grande Dépression, expliquent les chercheurs.  Les habitations se détériorèrent au fil des ans et furent finalement rasées, laissant derrière leurs fondations souterraines.  Les archéologues ne sont pas certains comment certaines structures se sont retrouvées enfouies sous la colline. 

« Aucunes structures, en dehors du cimetière, sont encore debout » datant du fondement de Tombouctou, explique Christopher Barton, un doctorant en archéologie et manager du site de Tombouctou.  La dernière structure d’origine était l’église African Methodist Episcopal Zion Church.  Elle fut détruite il y a une dizaine d’années. »

Les objets retrouvés illustrent la manière dont les gens survécurent en dépit du racisme et la discrimination.  Les archéologues ont trouvé  des couverts et d’autres objets qui ne furent pas achetés localement mais par correspondance.  « S’ils achetaient à distance, » Explique Barton, « Ils n’avaient pas fait face au racisme au niveau local. »  

Donald Nixon a grandi à Tombouctou, et ne savait rien de ce qui se trouvait sous terre.  « Nous chassions les lapins ici, » dit-il.

Sophronia Boyd Demby, 82 ans, dont les parents ont acheté un terrain ici en 1936, se tient debout devant les fouilles.  A l’ombre d’un chapeau de paille blanc, elle montre un objet round recouvert sous une couche de poussière.  « Vous croyez que c’est un morceau de cuir ? » 

Patricia Markert, 21 ans, une assistante, l’attrape. « Je crois que c’est un bol en céramique »

Mary Weston, 74 ans, vit dans une maison en contrebas de la route qui mène au site. Son arrière-arrière-arrière-grand-père achetât une parcelle à Tombouctou en 1829 pour $38.  « Ce qu’ils ont trouvé ici m’aide à comprendre qui nous étions en ce temps-là » dit-elle, assise dans son salon.  Elle a vu les objets recouverts et ils lui rappellent son enfance et les histoires que sa grand-mère lui racontait sur la vie à Tombouctou. 

Weston ouvre la bible familiale sur ces genoux et tourne ces pages fragiles. La bible est maintenue par une ceinture de cuir marron.  Dans ces pages sont inscrits les naissances, mariages, décès de ces ancêtres à Tombouctou.

« Comment peux-tu vraiment savoir qui tu es vraiment si tu ne sais pas d’où tu viens ? »

© 2010 The Washington Post Company                              traduit de l’anglais par Clovis Bergère

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